"Pour moi, qui me consacre entièrement à l'œuvre de Robert Schumann, en parler, c'est un peu lever le voile sur mon quotidien.

Il est vrai que c'est autant l'homme, l'amoureux, le mari comblé, le père doux et attentif qui me fascine, que les chefs-d’œuvre qu'il nous laisse, vibrants de fantaisie et d'émotions.

J'aime d'amour les deux personnages d'Eusébius et de Florestan, ses deux moi, l'un tendre et rêveur, l'autre enjoué et fantasque, à la fois paradoxaux et complémentaires.

       Je m'émerveille de ce jaillissement soudain de son génie qui s'exprime, dès ses premières œuvres, avec une autorité déconcertante, déjà bien définie dans son style.

Ce qui m'aide et me soutient dans l'effort d'appropriation de son œuvre, imposant tout d'abord l'obligation de résoudre les problèmes techniques, souvent délicats, c'est la pensée même de Schumann, exprimées en simples phrases dans son journal intime ou ses lettres d'amour à Clara.

        Rarement musique n'a autant été expliquée et commentée par son auteur.
Cela a commencé pour moi par les scènes d'enfants", que j'ai découverte très jeune, parée d'une tendre spontanéité et annoncées une par une comme les titres d'un poème. 

Puis, sont venues en guirlande,"les papilllons","les variations Abegg" et la suite...
Il me semble que sa Musique, pour revivre, demande à l'interprète un total investissement personnel qui chemine de manière confuse et contradictoire vers une identification à l'auteur. S'il faut faire preuve de respect sur ses intentions (et il y tenait), il ne faut pas hésiter à s'engager avec hardiesse, "quitte à se tromper", comme disait Cortot.

        Tout n'est pas facile avec lui. Si les phrases s'élancent souvent généreuses et inspirées, elles se compliquent parfois pour devenir un véritable et subtil labyrinthe.
        J'espère humblement, en tout cas, en les faisant revivre, contribuer à faire
découvrir ou mieux aimer ces pages à ceux qui ont besoin de nous, les artistes
pour communiquer avec les génies de la Musique.